Réalisation : David Fincher
Scénario : Jim Uhls d'après un livre de Chuck Palaniuk

Acteurs : Brad Pitt, Edward Norton, Helena Bonham Carter, Meat Loaf, Jared Leto...

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Fight Club

Un cadre moyen qui a une vie moyenne dans des meubles moyens allant tou les jours à un boulot moyen rencontre un être étrange qui se dit marchand de savon et commence à l'entraîner sur une pente marginale. Les deux hommes découvriront que pour se sentir exister il faut souffrir et ne se forger ses propres règles. Bientôt un club de combat émerge de ces découvertes... Mais ce n'est que la première étape d'une longue série d'actions libératrice de ce monde moderne qu'ils ne reconnaissent pas.

La Critique de Gil

Ca fait toujours l'effet d'une bombe quand on va voir un Fincher. Ce film ne fait pas exception et le pire c'est qu'on se laisse manipuler comme des gamins. L'histoire n'est pas forcément proche de ce qu'on voit tous les jours mais le réalisateur a eu l'intelligence de plonger les spectateurs dans un film qui utilise les effets qu'il décrit : l'insertion d'image quasi-subliminale en tête. Il vous faudra peut-être retourner le voir si vous n'avez pas fait attention la première fois mais Tyler Durden (Brad Pitt) apparaît plusieurs fois en surimpression pendant un quart de seconde avant que la vie d'Edward Norton ne vire complètement de bord. Cet homme moyen qui choisit de vivre autrement nous ouvre des horizons incroyables parce qu'on dirait vraiment que n'importe qui peut tomber dans cet affre.

Le scénario est bien mené, avec des dialogues percutants (c'est le cas de dire) et des personnages tellement attachants que le spectateur est au centre d'un film comme s'il s'agissait d'une immersion complète dans un univers différent... mais si proche !

Fincher est un spécialiste de cette ambiance, de Alien 3 à Seven il a toujours aimé avoir des visuels saturés et des ambiances feutrées, là où il inove c'est que le fin mot de l'histoire est surprenant. Dans Seven il fallait bien que le tueur soit arrêté, ici l'univers créé a ses propres règles dictées au début du film et fonctionne sur un modèle qu'on ne peut pas prévoir.

On reste aussi floué de ce que le réalisateur peut imaginer pour les insertions d'images de synthèses, toujours bien intégrées et pas facilement décelables, ces ajouts sont un vrai plus pour le film qui se donne une vraie esthétique très étudiée, autant que l'histoire elle-même.

Dire que Brad Pitt et Edward Norton sont bons tient de l'euphémisme et ils collent parfaitement à ces personnages tous les deux charismatiques et fondamentalement différents. Et comme aucun des personnages secondaires ne semble pouvoir mériter une critique ascerbe, je pense clairement que c'est le meilleur film de ce mois de novembre, voire de la rentrée, à voir absolument à condition de pouvoir supporter les images de violences qu'il contient. Mais bon on en voit tellement au Journal de 20 H que là c'est presque rien, et puis ça défoule tellement ;-))). Et pour les fans d'Helena Bonham Carter, qu'ils se rassurent, elle est magnifique !

La Critique de Garfield

Madre de dios, quel bon film ! C'est pas évident de trier les réactions qui surgissent pendant la projection, mais on ressort en tout cas avec une vision différente du quotidien. Avec une maîtrise scénaristique impeccable, qui rend crédible cette histoire de fou, Fincher remet le couvert pour nous servir une tranche de cet univers glauque qui n'est pas tant le sien que le nôtre.

De Seven à Fight Club, il n'y qu'un pas : la ville tentaculaire, l'oppressante sensation d'être un petit rouage d'une immense machine, tout cela nous saute au visage tandis que Fincher soulève à nouveau un coin du tapis de certitudes qui recouvre le "côté obscur", malsain, apathique et morne des existences urbaines. Fight Club prend le contrepied de Seven en indiquant une solution contre cette petite mort, mais peut-être pas la meilleure. Jack, qui a perdu le goût de la vie, trouve son réconfort dans le partage du malheur des autres puis dans des combats qu'il organise avec Tyler Durden, un personnage "extraterrestre" qui bouleversera sa vision du monde tout en transformant leur "Fight Club" en une vraie milice comiquo-terroriste.

Dans une lente glissade vers la folie, Tyler lui apprendra à vivre à 100%, par la voie de l'auto-destruction. Même si Jack est séduit, il refusera de se laisser amener à vraiment toucher le fond, jusqu'à ce qu'il réalise à quel point le destin de Tyler et le sien sont liés. Pendant ce temps, le mouvement Fight Club se répand comme une traînée de poudre à travers les mégapoles, s'affichant par des actions d'éclat visant toujours à relativiser l'importance accordée aux symboles de puissance et de pouvoir mis en exergue par la société... avec en apothéose le bien-nommé projet Chaos.

Terrifiante histoire d'une psychose, "Fight Club" vous entraîne et vous amène à admettre les jugements de Tyler, dans une ambiance à la fois mystique et humoristique. Fincher joue sur 2 tableaux avec ces hommes volontairement embrigadés dans une lutte pour assumer à la fois leur humanité et leur animalité, pour se réaliser. Et on a tôt fait de se prendre au jeu. Cela dit, Fight Club laisse peu de place aux femmes, la seule présente à l'écran se laissant plutôt balloter par les événements et le couple Jack/Tyler. Et du film est nettement plus marqué en sortie de salle chez les hommes que les femmes, la plupart ayant apparemment été rebutées par la violence assez particulière mais omniprésente dans le film. Techniquement, le film est réellement impeccable, et en plus de prises de vue excellentes et de montages en surimpression superbes, comme le souligne Gil, Fincher joue avec le subliminal.

La musique est franchement bien intégrée, on sent un réel effort pour ne pas placer uniquement des groupes connus mais surtout avoir une bande son particulièrement adaptée au thème abordé. La distribution, quant à elle, est tout simplement excellente, Brad Pitt comme Edward Norton démontrant sans équivoque des talents de comédiens immenses. Franchement, c'est un des tous meilleurs films de l'année, sans doute même de cette décennie (pis du siècle, tant qu'on y est). Le cocktail est parfaitement dosé entre action, humour, réflexion... Pour finir, mention spéciale pour la scène du panoramique de l'appart de Jack, où apparaissent progressivement meubles et bibelots à la con avec référence et descriptif du catalogue : on se croirait vraiment dans une maison modèle façon Ikea. Désespérant d'humour... bref, Fight Club est un grand, très grand moment de cinéma. Messieurs, n'y emmenez pas votre femme, à la sortie elle aura peur de vous.

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