Eyes Wide Shut

eyeswide.jpg (8620 bytes)Réalisation : Stanley Kubrick
Scénario : Stanley Kubrick d'après Arthur Schnitzler
Acteurs : Tom Cruise, Nicole Kidman, Sidney Polack...

Un médecin qui a su monter les galons de la société se retrouve un jour confronté à la jalousie durant une discussion où sa femme lui avoue avoir une fois fait l’amour avec lui en pensant à un autre homme. Il tente donc de trouver l’apaisement en la trompant à son tour…

La Citation :
Si je vous citais le nom des gens qui étaient là, vous seriez étonnés, je ne le ferais pas bien entendu.

La Critique de Gil

Je voulais donner raison à toute une partie de la critique qui a trouvé le film moyen, je voulais être déçu par le film, peut-être comme un adieu à un maître dont j’ai aimé tous les films. Tout le monde crie au génie, et c’est justifié dans certains plans, y compris dans Eyes Wide Shut, mais d’une certaine façon, le film m’a contenté sans me rassasié et je suis sorti déçu. Comme c’est ce que je voulais on pourrait dire que je suis content, mais non, finalement je préfère dès aujourd’hui revoir ses autres films. Celui là a un atout majeur, il surprend en bien à partir du milieu, lorsque tout le monde croit que le film va être bof jusqu’au bout.

Dans la première partie, Kubrick trouve, comme souvent, une force dans l’image en filmant plus les ambiances que les personnages. Malheureusement au bout de 5 minutes, le truc tombe sous le sens, il a tout simplement rendu l’espace lumineux plus attirant pour le regard. Souvent noyé dans une lumière blanche, les personnages ne sont pas éclairés par l’avant mais apparaissent dans un quasi contre-jour. Dans les extérieurs et quelques intérieurs d’endroit plus mal famés, il s’agit de lumières colorées, qui n’éclairent jamais le personnage directement, enfin qui ne le mettent pas en valeur. Ainsi lors d’une discussion entre une prostituée et le docteur Bill (Tom Cruise), c’est l’arrière train de la belle qui nous est montré éclairé par le sapin de Noël, et pas les visages des deux personnages. L’argument pornographique défendu par les ligues de vertu n’est d’ailleurs pas convaincant car les nudités du films sont à l’évidence artistiques.

La deuxième partie, que rien n’annonce, est salvatrice, suivant les pérégrinations du médecin qui à du vague à l’âme, le film nous entraîne dans une partie onirique excellente, d’une société secrète qui s’autorise toutes les voluptés, tous les débordements, mais qui saura reconnaître l’intrus dans ses rangs. Cette partie, où tout le monde est masqué s’avère fabuleuse, parce qu’on a peur au même titre que le personnage et que le savoir faire du réalisateur laisse enfin place à sa touche de génie, je ne pense pas qu’on puisse cataloguer les effets utilisés, parce qu’ils se cachent et qu’on se laisse enfin emporter.

La troixième partie, plus classique que la deuxième mais plus intéressante que la première est l’enquête que le médecin fait sur ce qu’il lui est arrivé, et sur la rédemption qu’il peut en obtenir. Même si les trucs sont les mêmes, le jeu des acteurs et un léger recentrage sur eux permet au film de remporter l’adhésion du public (enfin la mienne et celle de ceux qui m’accompagnaient ;-) ).

Les rapports étudiés dans le film autour de ce couple qui est entre deux mondes à tout point de vue sont très bien mis en valeur, on y parle de sexe, de pouvoir, de désir illustrés par des acteurs à la hauteur, surtout une Nicole Kidman qui prouve une fois encore qu’elle n’est pas que la femme de Tom Cruise. Qu’elle soit ivre ou bien pétée (au crack), l’actrice montre un vrai pendant de la vie, le film d’ailleurs a su faire la part entre l’onirisme de son milieu et les scènes de la vie de tous les jours qui sont filmées comme si les acteurs n’en étaient pas. Ainsi Tom Cruise n’est jamais aussi convaincant que lorsqu’il rit bêtement en rencontrant un ancien camarade à qui il n’a visiblement plus rien à dire, dix ans après. C’est tellement vrai ! On se touche, se salue, se demande ce qu’on a fait pendant ce temps, se sourie très très bêtement et c’est tout, on se dit qu’on se recontactera et on ne se voit plus jamais. Le film prend la liberté, pour avancer dans l’onirisme de faire rencontrer à nouveau ces deux personnages, juste parce qu’un film sans histoire ne saurait être un film auquel on adhère.

Stanley Kubrick sera donc mort en nous laissant ce dernier film qui, comparé à ses autres n’est pas tout à fait ce qu’on aurait souhaité et qui, comparé à ce qui sort en ce moment offre beaucoup plus de gamberge par un génie parcimonieux. On attendait son prochain film sur la réalité virtuelle… Et il nous l’a presque offert tant le monde décrit dans la séquence du milieu mérite une place entre La Nuit des Masques et le Maître des Illusions (de Clive Barker sorti directement en vidéo), mais juste cette séquence hein ;-)

Ajoutez votre critique